Consultation sur le principe du projet de fusion — Avis de la Cfdt

Consultation sur le principe du projet de fusion — Avis de la Cfdt

Pour la Direction, ce projet de fusion des réseaux de Société Générale, du Crédit du Nord et de ses banques régionales a pour but de proposer «un modèle de banque alliant la force de l'expertise humaine et du digital au service de la satisfaction client, de l'efficacité opérationnelle et de l'ambition commerciale».

Le processus de décision de l'équipe dirigeante nous semble singulier, voire totalement dénué de bon sens. Nous pensions naïvement qu'un travail de réflexion et d'analyse, au moins au niveau de celui de l'expert, avait été réalisé… Nous sommes stupéfaits de voir que ce travail préalable n'a démarré qu'après l'annonce de ce projet !

Aucune donnée ni information fournie par la Direction ne confirme les promesses affichées

Comme le démontre l'expertise réalisée par le Cabinet SECAFI et en l'absence de complément d'informations précis apporté par la Direction, nous ne pouvons que douter des réelles motivations de ce projet et de son adéquation avec les ambitions affichées.

Aucun élément explicite ne permet de qualifier et d'évaluer les initiatives de recherche de PNB supplémentaire. La Direction ne fait que scander des déclarations d'intention nébuleuses et non granulaires comme elle l'a répété tout au long des débats. Elle prétend soumettre à notre avis un nouveau programme centré sur la compression des coûts comme unique réaction aux pertes de part de marché de Société Générale.

Un projet orienté vers la seule compression des coûts donc des emplois


Les conséquences sociales restent un point aveugle du projet en l'absence de toute précision au-delà des ambitions de réduction des frais de personnel sur la base d'une estimation exclusivement «globale». Cette fusion induit une destruction sèche de plusieurs milliers d'emplois. Concernant la promesse de satisfaction client, un modèle de banque qui réduit à sa portion congrue le nombre de salariés en charge directe des clients n'est pas la réponse attendue par ces derniers en terme de satisfaction.

Comment satisfaire le client avec toujours moins de moyens ?

Concernant la promesse de l'amélioration de l'efficacité opérationnelle, nous regrettons que le projet de fusion à un seul SI multibanques n'ait pas été proposé par la Direction. Or cette version du projet semblerait davantage répondre à l'ambition affichée.

Vouloir faire de Société Générale une Banque Nationale ancrée dans les territoires, en supprimant des banques régionales existantes, semble incohérent. Ainsi, le modèle de fusion envisagé par la Direction ne permet pas de garantir une amélioration de l'efficacité opérationnelle du groupe.

Un projet peu ambitieux en matière de SI


Il est plus que regrettable qu'à minima Société Générale n'ait pas profité de ce projet pour améliorer la stabilité d'un SI déjà bancal avant de procéder aux travaux de migration. À cette situation instable s'ajoute le risque de ralentissement inévitable des innovations informatiques durant le projet.

La décision de ne pas fusionner les 2 SI en un SI multibanques, qui n'était pas forcément beaucoup plus coûteuse ni beaucoup plus complexe, est un manque d'ambition caractérisé. Société Générale décide donc de fermer la porte à toute évolution future.

Aucune stratégie commerciale pour se développer

Concernant la promesse d'ambition commerciale, ce point n'est traité que par le prisme de la réduction de coût via des baisses de masse salariale et de charges immobilières. Le projet ne tire aucune leçon des erreurs stratégiques réalisées par le Groupe Société Générale en France depuis la crise de 2008 ; à commencer par les choix quant au maillage territorial ou à la stratégie d'amélioration et de préservation de la satisfaction client.

Depuis que Frédéric OUDEA est à la tête de Société Générale, l'amélioration du coefficient d'exploitation semble ne plus pouvoir se faire que par la chasse aux coûts et non par la création de richesse. Société Générale se recroqueville au lieu de se développer.

Sur ce dernier point, force est de constater qu'aucune réponse apportée par la Direction ne parvient ni à expliquer, ni à convaincre, de quelle façon ce projet va permettre de répondre à l'ambition commerciale, que Société Générale a pourtant présentée aux investisseurs.

Si l'unique réponse à la crise économique et à la crise sanitaire est de dire que l'on va réduire les coûts, cela ne nous fera pas sortir de la spirale récessive. Si ce projet ne s'accompagne pas d'un plan de croissance du PNB, il n'a pas de sens. Société Générale a déjà perdu, sur les 7 dernières années, 1 million 300 mille clients, suite aux échecs répétés des différentes stratégies mises en place.


Le risque d'attrition dans le cadre d'un projet de cette ampleur a de nouveau été occulté,
 ce qui est dommageable et incompréhensible. Les risques de fuite de clients qui ne veulent pas se retrouver dans une banque de grande taille, les risques de double relation bancaire et de fermeture d'agences, ne sont pas de nature à apporter de l'optimisme quant à une augmentation du PNB et à un accroissement du fonds de commerce.

Un projet qui augure des restructurations à « marche forcée »

Il est évident que la réalisation de ce projet en pleine crise sanitaire démultiplie les risques que les salariés devront affronter, à commencer par l'intensification de la concurrence aussi bien pour capter nos clients que pour débaucher nos collègues. 

L'ambition de remettre en valeur la décentralisation des compétences et des décisions apparait séduisante, mais se heurte au poids de plusieurs années de mouvements de centralisation du côté de Société Générale et à des choix organisationnels contradictoires. Des clarifications de principes sont indispensables pour éviter que ce projet ne se transforme en une « Convergence » de la culture d'entreprise, aboutissant à un nouvel échec.

Nous gardons tous en mémoire les effets dévastateurs et irréversibles des restructurations à marche forcée. Evitons de devenir un nouvel Orange. Le silence assourdissant des salariés devrait davantage alerter la Direction de notre levée de boucliers.  

La question des conditions de travail totalement expurgée du projet de fusion

En tant qu'entreprise responsable, pourquoi Société Générale ne met-elle pas en place dès aujourd'hui une des préconisations du cabinet SECAFI relatives aux conditions de travail ?

La situation en termes de stress et de souffrance au travail est déjà alarmante. Cette fusion est un facteur aggravant, non pris en compte à ce jour par Société Générale dans l'étude du projet. Les dispositifs existants de détection et de prévention des risques psychosociaux ne sont pas efficients, voire même défaillants.

Il est donc indispensable que la Direction fasse immédiatement un état des lieux sur la charge de travail réelle des salariés, et ce, sur tous les postes, comme nous ne cessons de le demander depuis tant d'années.

La Société Générale ne s'applique même pas à elle-même le niveau d'exigence qu'elle attend de ses clients professionnels

En conclusion, imaginons qu'une entreprise vienne nous présenter son projet de gestion à moyen terme qui ne reposerait que sur la réduction des coûts pour améliorer sa rentabilité, sans même chercher à améliorer son Chiffre d'Affaires. Dans ce cas, le banquier Société Générale lui indiquerait qu'il n'a plus confiance en lui, et se désengagerait. Comment croire que la réaction des marchés sera différente ?
À cette opération de la dernière chance, qui parait vouée à l'échec,
la CFDT émet un avis défavorable.